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Rimbaud
L'exposition Rimbaudmania
GALERIE DES BIBLIOTHÈQUES
VILLE DE PARIS
22, rue Malher Paris 4e Métro : Saint-Paul
01 44 59 29 60
7 mai – 1er août 2010
Du mardi au dimanche,
de 13h à 19h
Nocturne les jeudis jusqu’à 21h
Tarif 4 € / 2 € tarif réduit

Commissaire de l’exposition : Claude Jeancolas
Scénographie : Gaëlle Seltzer
Graphisme : Christophe Billoret
Production : Paris bibliothèques
www.paris-bibliotheques.org

Contacts presse
Paris bibliothèques

Annabelle Allain
01 44 78 80 46
Gérald Ciolkowski
01 44 78 80 58
Visuels et dossier de presse sur demande :

communication@paris-bibliotheques.org

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06 60 58 55 28

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Galerie de l'exposition



RIMBAUDMANIA

A l'ORIGINE QUELQUES FEUILLES

La présence d’Arthur Rimbaud aujourd’hui repose sur quelques feuilles volantes et qui volèrent. Nous ne devons de les connaître qu’à quelques amis et collectionneurs qui les glanèrent avec ferveur et les sauvèrent, au premier rang desquels Verlaine. Des manuscrits envoyés aux revues ou aux éditeurs, Rimbaud ne garde pas de copie. La plupart ont disparu, ainsi nous ne verrons jamais le manuscrit d’Une saison en enfer ou des « Etrennes des orphelins ». Le « Bateau ivre » est connu seulement par la copie qu’en fit Verlaine, ébloui, amoureux. Rimbaud lui confie la liasse des Illuminations, puis s’en désintéresse. À ces rares reliques poétiques de sa main sont jointes quelques lettres à ses amis et à sa mère.

UNE LANGUE QUI PARLE A CHACUN EN SA LANGUE
Rimbaud voulait une langue neuve qui fut de « l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant». Il travailla, acharné, à cette invention, puis il arrêta d’écrire, brutalement. Aujourd’hui pas une langue n’ignore sa langue. L’oeuvre de Rimbaud est traduite en des langues très parlées — le chinois, le portugais, l’espagnol, l’anglais — comme en des langues plus secrètes : l’amharique, le géorgien, le tamoul, l’occitan, le basque, le letton… Quasiment intraduisible, reposant sur l’ambiguïté du sens des mots, elle est continuellement retraduite car chaque génération l’entend différemment et dispose de mots nouveaux pour dire la pensée intemporelle et universelle de Rimbaud.

DES ILLUSTRATIONS POUR UN ART VISIONNAIRE
Les premiers artistes à découvrir l’oeuvre de Rimbaud sont fascinés et troublés. Il est un frère qui dit : il faut être voyant, se faire voyant, l’artiste est «voleur de feu», il accède à l’inconnu, il entrevoit des images jamais vues, il cherche à émouvoir tous les sens, d’un coup. Et il ajoute : «Si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme ; si c’est informe, il donne de l’informe.» Rimbaud autorise toute forme d’art, figuratif ou abstrait, même la plus rustique. N’a-t-il pas écrit dans «Alchimie du verbe»: «J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires…». L’art moderne repose sur cette espérance égalitaire. Les maîtres élèvent la vision, expriment l’esprit du poème tel qu’ils le voient, chacun avec son regard. D’autres produisent des images naïves qui émeuvent les coeurs simples. Il ne s’agit jamais d’illustration objective mais d’une rencontre.

UNE SEULE PAROLE ET DES MILLIERS DE VOIX
Il «lisait ses vers sans emphase et sans éclats de voix, avec quelque chose de convulsif, ainsi qu’un enfant qui raconte un gros chagrin, et dans une sorte de hâte : avide, pressé de revivre tout cela. Sa voix nerveuse, encore enfantine, rendait naturellement la vibration et la puissance des mots. Il disait comme il sentait, comme c’était venu, comme en un jaillissement précipité de sensations violentes», se rappelait son ami Ernest Delahaye de la lecture du «Bateau ivre» par Rimbaud. La voix d’Arthur a disparu, demeure la liberté de le lire, démultipliée à l’infini.

DES ECRIVAINS FACE AU CAS RIMBAUD
Les poètes et les écrivains s’interrogent très tôt. Rimbaud est-il vraiment des leurs? Il avait été là, ne l’était plus, disparu, puis on avait appris sa mort… et son oeuvre ressurgit, et le voici plus présent qu’un vivant. En experts, ils étudient sa méthode, son vocabulaire, sa technique, s’étonnent d’une maîtrise si précoce et s’inclinent. Que ce talent fut rudement rejeté pour une obscure existence d’aventurier en Afrique choque. Durant toute la première moitié du xxe siècle, les cercles littéraires s’affrontent sur le cas Rimbaud. Il est tour à tour voyou, voyant, communiste, mystique, magicien, surréaliste, mystificateur, existentialiste… Le mythe se construit de ces affections passionnelles. On peut croiser dans sa ferveur les êtres les plus inconciliables : Aragon avec Drieu la Rochelle, Claudel avec Sartre, Artaud avec Blondin, Proust avec Genet… Rimbaud appartient à tous.

DES ARTISTES A LA RECHERCHE DE SON REGARD
L’oeuvre de Rimbaud intéresse les peintres, son destin fascine plus encore. Aucun poète n’engendre une telle profusion de portraits toujours nourrie plus d’un siècle après sa mort. L’expérience de Rimbaud est introspection, questionnement de ce regard sur soi, interrogation sur la vie, l’art, la mort, l’incompréhension… jusqu’à l’identification dans une fusion quasi mystique : «Rimbaud c’est moi !» Le portrait du poète devient autoportrait, dans un processus presque anthropophagique. Dans l’histoire de l’art, seul saint Sébastien — expression de la beauté bafouée, de la brutalité de la société, du don assassiné par le vulgaire — peut être rapproché de ce cas particulier. Pour des raisons similaires, on peint aujourd’hui à travers Rimbaud et son regard, qu’avait fixé le photographe Carjat, la beauté incomprise, le destin brisé, les rêves, le sentiment d’échec, l’aspiration à l’infini.

UN HEROS D'AVENTURES POUR BANDES DESSINEES
Espace privilégié des mythologies, la bande dessinée répugne à emprunter ses héros à la vie réelle car les faits historiques sont un frein à l’invention. Rimbaud, héros de légende, fait exception. Son oeuvre est une formidable réserve d’images neuves, sa vie, en particulier les années d’Afrique, offre l’opportunité de paysages fantastiques et d’aventures exotiques. Les caricaturistes, précurseurs des créateurs de bande dessinée, voient en lui un adolescent teigneux dont le regard en dit long sur le mépris dans lequel il tient la société. La BD, dans ses trois patries, les États-Unis, la France et la Belgique, illustre ses poèmes, lui invente des expéditions dans le désert d’Afar, imagine les souvenirs de témoins ou la quête d’admirateurs. Son portrait ou ses recueils y deviennent des emblèmes magiques, ses poèmes jaillissent de la bouche de héros de papier. Des projets laissent entrevoir son entrée prochaine dans l’univers des mangas.

LE PLUS MEDIATIQUE DES POETES
Dans le palmarès des « unes » de quotidiens et magazines, Rimbaud arrive en tête des écrivains et devance nombre de têtes couronnées. Cette affection de la presse n’est pas désintéressée : le sujet Rimbaud captive le public de manière exponentielle, au-delà des cercles littéraires. Paris Match a ouvert la voie en 1954 par un grand dossier sur le poète, suivi par la presse grand public et les magazines spécialisés. Le phénomène d’appropriation, caractéristique de toute relation avec Rimbaud, joue ici encore de manière flagrante. Une revue d’histoire voit en lui un personnage historique ; un mensuel gay s’intéresse à ses années homosexuelles ; une revue de voyages décrit le globe-trotter idéal, totalement libre; les publications pour la jeunesse titrent sur l’adolescent poète ou rebelle. La presse aime Rimbaud et la moindre découverte le concernant redouble cette affection.

MUSIQUE,DANSE, OPERA, L'EFFET RIMBAUD
Les rythmes neufs et la nouvelle harmonie de sa poésie ne peuvent laisser indifférents les compositeurs de musique savante. Certains, familiers des milieux littéraires, connaissent l’oeuvre dès les premières publications. Sa poésie est un appel : la musique ne serait-elle pas cette langue universelle à laquelle aspire le poète ? La production musicale née de Rimbaud frappe par sa profusion et son universalité : musique classique, contemporaine, électronique, jazz, world music, fusion…
Les chorégraphes suivent la voie ouverte par les musiciens. Benjamin Britten compose ses Illuminations en 1939. George Balanchine, directeur du New York City Ballet, commande un ballet sur cette musique à Frederick Ashton. Des chorégraphes du monde entier remettent régulièrement le thème Rimbaud au coeur de leur travail.
Sa vie et son oeuvre mêlées offrant un livret idéal, incarnation de la lutte d’un individu contre l’autorité, politique, familiale ou morale — Rimbaud devient le personnage, voire le sujet, d’au moins six opéras en France, en Allemagne, aux États-Unis, en Angleterre.

DES ROMANCIERS S'EMPARENT DE RIMBAUD
Flamboyance, témérité, défis continuels, précocité, ambition immense, prétention à réinventer l’amour, sens du drame, fulgurance, aventure en terres hostiles… Arthur Rimbaud est un sujet idéal pour romancier, d’autant que sa vie est parsemée de grands moments d’inconnu et de mystère grâce auxquels l’imagination peut concevoir toutes les intrigues. Depuis les années 1950, des romans autour de Rimbaud, écrits en des langues très diverses, paraissent régulièrement : roman d’aventures, d’adolescence, de science–fiction, roman homosexuel, érotique ou pornographique, policier, burlesque ou mystique…

LES DESARROIS DU CINEMA
Aventure, gloire posthume, jeunesse rebelle, amours fauves, drames, ruptures, trafic, exotisme… les ingrédients d’un scénario hollywoodien semblent réunis. Pourtant le cinéma reste frileux : Arthur Rimbaud impressionne. On rêve d’un film sur lui par Pasolini, Ken Russell ou Carlos Saura. Ce dernier l’envisage dans les années 1990 puis renonce. Donner chair à Arthur Rimbaud,
le montrer au quotidien, le faire parler sans renoncer à l’expression de son génie, n’est sans doute pas simple ni sans danger. Danger de verser dans le trop prosaïque, ou, pour ceux qui le vénèrent, dans le trop poétique et ésotérique, dans la reconstitution historique ou dans l’invraisemblance. Quel acteur pour l’incarner ? L’icône de Carjat a si fortement déterminé notre vision de Rimbaud… Total Eclipse d’ Agnieszka Holland, accueilli fraîchement à sa sortie en 1995, a cependant été distribué dans la plupart des pays du monde. De nombreux réalisateurs, plus prudemment, préfèrent insérer dans leurs films des signes rimbaldiens, ses livres, ses paroles, son image, comme autant d’ex-voto.

SUR SCENE, SES POEMES
Poète, Rimbaud n’a jamais écrit pour le théâtre. Or il occupe régulièrement la scène, occasionnellement dans des pièces écrites sur lui, le plus souvent par ses poèmes, lus ou récités. Le phénomène commence dès 1892 quand Paul Fort monte Le Bateau ivre pour son Théâtre d’Art, avec des décors peints par les Nabis Ranson et Sérusier. On sait qu’Arthur Rimbaud lisait d’une voix monocorde et pressée. Aujourd’hui des interprétations résolument subjectives, dans des scénographies jansénistes ou baroques, modifient et renouvellent notre perception de l’oeuvre de Rimbaud.

CHANSONS DE FERVEUR ET DE REVOLTE
Dès les années 1960, des chansons disent ses mots et sa vie, mais aussi le choc de sa rencontre, l’énergie qu’il soulève, les insoumissions qu’il éveille, et lui en rendent grâce. Mille voix chantent Arthur Rimbaud : garçons sages, mauvais garçons, rockers ou romantiques, jeunes filles douces et égéries du rock, illuminés, androgynes… L’engouement de Kerouac, Burroughs et Ginsberg — la beat generation qui ébranla les certitudes de la société américaine — enflamme le rock américain. Aucune une génération qui l’ignore. Au «Go Rimbaud, go Rimbaud » de Patti Smith en 1975 répond le « Go Rimbaud, go ! » du groupe Indochine en 2009.

OBJETS DU CULTE
Compostelle a sa coquille, Lourdes son eau miraculeuse, Charleville, devenue ville sainte, invente ces objets pour touristes, à rapporter du pèlerinage. La production a désormais dépassé le cadre de sa ville natale. Les objets fétiches viennent aujourd’hui d’Espagne, des États-Unis, d’Allemagne, de Hongrie, de Tchéquie, et prennent toutes les formes possibles : assiettes de Limoges, meubles raffinés, chaises, tapis griffés du talent de Jean-Charles de Castelbajac, portraits brodés au point de croix, fèves anonymes de galette des Rois…

LA MODE SE PARE DE SON IMAGE ET DE SES MOTS
Si Rimbaud se moquait bien de la mode – son image de dandy sur la photographie de Carjat tient à des habits empruntés pour l’occasion –, la mode l’adore, de la couture au vêtement le plus démocratique. On voit son portrait d’adolescent rebelle sur les robes des jeunes filles, les tee-shirts et les pin’s. Ses paroles Sont reproduites comme des proclamations au monde. Ces vêtements et accessoires griffés Rimbaud sont autant de déclarations d’amour ou de critiques d’une société uniformisatrice et consumériste, vrai paradoxe puisqu’ils sont eux-mêmes purs produits de ce système qu’ils dénoncent.

L'EXPLOSION MULTIMEDIA
Ma saison en enfer, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, réinventer l’amour, la vraie vie est ailleurs, liberté libre, a Season in Hell, bateau ivre, il faut être absolument moderne, Life is Elsewhere, abracadabrantesque…
Les expressions rimbaldiennes nourrissent notre langue quotidienne au point de s’y dissoudre, prix à payer de cette fécondité inouïe. On a oublié qu’elles furent inventées par lui, on en a détourné le sens originel. Dans le même temps, son nom est désormais utilisé partout et galvaudé. Le Rimbaud québécois, le Rimbaud noir, le Rimbaud roumain, le Rimbaud du théâtre, le Rimbaud des mathématiques… : pas un pays, pas un domaine de la connaissance, pas un art qui n’ait son Rimbaud, label pour génie précoce, surtout s’il meurt jeune. La publicité ne pouvait manquer de l’utiliser à des fins mercantiles : une radio, un roman, une banque, un whisky japonais font appel à son image pour séduire la jeunesse.
Sur Internet se croisent tous les Rimbaud du monde et s’expriment toutes les passions qu’il suscite : 2 400 000 références sur Google, 160 000 sur Google images, 2 700 sur Google videos, etc. Ferment unique devenu indispensable, Rimbaud s’y prête à toutes les interprétations, toutes les visions, tous les rêves et les délires. Il est le point de départ de cette RimbaudMania qui échappe à tout cadrage. À ses dépens ? À tout le moins, elle incite à (re)lire son oeuvre.

SON VISAGE, SON IMAGE, PARTOUT DANS LA RUE
Un matin de 1978, Charleville se réveille dans la stupeur: Rimbaud est partout. Silhouette adolescente, jean, chemise ouverte, balluchon sur l’épaule, en route… et ce regard déterminé, portant loin, au-delà des badauds arrêtés, ébahis. Ce n’est pas un fantôme du XIXe siècle avec redingote et lavallière, mais un jeune homme d’aujourd’hui. Avec Rimbaud, et Ernest Pignon-Ernest pour mentor, le street art est lancé en France. De nombreux artistes oeuvrent chaque jour à sa présence dans notre paysage urbain. Rimbaud surgit à l’improviste et marche avec nous. Libre, il méconnaît les lieux réservés, il s’affiche en zone interdite, il s’attache aux installations les plus éphémères. Son visage paraît et disparaît, toujours transformé et toujours reconnaissable, intimant de changer le monde ou rappelant que, peut-être, la vraie vie est ailleurs.